Naisssance et développement du lingala (*) Langue bantu parlée dans la République du Congo, dans la République Démocratique du Congo (RDC), dans la République Centrafricaine, dans la partie méridionale de la République du Soudan, et dans l'est de la République Gabonaise, le lingala est la langue véhiculaire la plus importante de l'Afrique Centrale. Quelle est l'origine du lingala ? Il n'est pas facile de le dire avec certitude. On a soutenu que cette langue était parlée autrefois par une petite tribu, les Bangala ou les Mangala, qui habitaient l'embouchure du Lulonga, entre Makanza (ex-Nouvelle Anvers) et Mbandaka (ex-Coquilhatville) dans la province de l'Equateur, en RDC. Quoiqu'il en soit, c'est là aussi le pays d'origine des Bobangui, et il est évident que la langue Bobangui est la mère de toutes les langues des tribus riveraines du Congo, comme nous allons le montrer tout-à-l'heure. Et l'on peut dire que le lingala dérive directement du bobangui, comme toutes ces langues. Les tribus qui composaient la grande famille Bobangui étaient surtout des pêcheurs. Ils pêchaient dans les nombreuses rivières, et surtout dans le fleuve Congo dont les endroits ressérés s'appellent "Mongala". La région fut appelée "mai ya Mongala", et les riverains furent nommés naturellement "Bangala" ou "Mangala". Les Bangala étaient composés de nombreuses tribus : les Bobangui, les Liboko ou Mangala ma Liboko, les Libinza, les Baloyi, les Lusakani. De bonne heure d'autres groupes descendirent le Congo et s'enfoncèrent dans les rivières des deux rives, où elles se trouvent encore sous diverses dénominations, comme nous allons le monter. Plus tard, quand arrivèrent les colonisateurs et les missionnaires, ceux-ci adoptèrent très vite la langue des bangalas, qui fut ainsi répandue tout le long du fleuve comme langue de communication et de liaison entre les européens et les congolais. Voici maintenant l'implantation des tribus appartenant à la famille Bobangui ou Lingala : Dans le fleuve Oubangui, vers le nord depuis Nzondo jusqu'à la région d'Impfondo, s'installèrent les Baloyi, les Impfondo; les Enyele sur les deux rives. - Vers le sud, sur la rive droite, dans la République du Congo, on trouve les Likouba, les Likouala, dans la région de Mossaka. - Les Mbochi, les Koyou, les Makoua occupent la région de la cuvette ; les Bonguili sont dans la Sangha, les Bomitaba dans la Likouala aux Herbes. Les Moyi sont descendus jusqu'à Makotopoko. - Si nous prenons la rive gauche, en RDC, nous rencontrons les lusakani dans la région d'Irébu, les Mpama dans la région de Lukolela, et les Banunu dans la région de Bolobo. Pour mieux situer la place du lingala au Congo, jetons maintenant un coup d'œil sur l'implantation des diverses langues en RDC et en République du Congo. Il y a cinq groupes linguistiques en RDC : Le swahili est la langue la plus parlée à l'est de la RDC, ainsi que dans beaucoup de pays de l'Afrique orientale : Kenya, Tanzanie, Rwanda, Burundi, Zambie, Zimbabwe. - Le groupe Lingala-Bobangui occupe les deux rives du Congo, comme nous l'avons dit plus haut. - Le groupe Teke occupe la région du sud de Bolobo jusqu'à Kinshasa. - Le groupe Luba occupe le Kasai. - Le groupe Kongo occupe la région qui va de Kinshasa à la mer, et continue sur l'Angola. Sur le plan national, l'Etat de la RDC a retenu quatre langues officielles : le swahili, le lingala, le tshiluba, et le kikongo sous la forme de "Munukutuba". Le lingala a été choisi comme langue officielle de l'armée nationale zaïroise. Dans la République du Congo, on distingue aussi cinq groupes linguistiques principaux : Au nord, dans la région de Dongou et de Bétou, le groupe Monzombo occupe les deux rives de l'Oubangui : il s'apparente au Ngbaka et au Ngbandi qui sont des langues oubanguiennes parlées en Centrafrique. - Le groupe Bobangui ou Lingala occupe les rives de l'Oubangui et du Congo, depuis Dongou jusqu'à Makotopoko, ainsi que les rivières Likouala, Sangha, Kouyou, Alima. Ce sont les Enyele, Baloyi, Impfondo, Bomitaba, Bonguili, Likouba, Likouala, Mbochi, Koyou, Makoua (Ngare, Mboko), Moyi. - Le groupe Teke comprend les batékés de l'Alima, les Mbétés apparentés aux Bambamba de Franceville et du Gabon ; les Batékés des plateaux et de Brazzaville appartenant au Royaume de Makoko qui s'étendait aussi sur la région de Kinshasa. Ce sont les Koukouya, les Nzikou, les baboma, les Banganngoulou, les Batékés de Kimpila, Ngamaba et Zanaga. - Le groupe Kongo occupe le sud du pays ; il formait l'ancien royaume du Ne-Kongo qui comprenait aussi une partie de l'Angola. On peut citer : les Balari, les Bacongo, les Basoundi, les Bakamba Babembe, les Badondo. - Un cinquième groupe est composé par les Vili dont la langue est un dialecte du Kikongo. Le groupe Vili occupe la région du Kouilou, du Mayombe, et jusqu'au Kabinda. Il avait pour chef le ma-Loango. Sur le plan national, l'Etat a retenu deux langues officielles : le lingala et le kikongo sous la forme du "Munukutuba". Avant de terminer, il sera instructif de comparer les diverses langues du groupe Lingala qui nous intéresse particulièrement, et de voir les grandes affinités et ressemblances qui existent entre toutes ces langues. Pour cela, nous allons tout simplement prendre une phrase-type et la traduire dans toutes ces langues. La voici : "Moi, je vais au village construire une maison". bobangui : Ngaï, nakoke o mboka notonga ndako lingala : Ngaï, nakei na mboka kotonga ndako. banunu : Ngaï, namoke o mboka notonga ndako. libinza : Ngaï, nakakende o mboka nakatonga ndako. lusakani : Ngaï, namoke o mboka notonga ndako. mpana : Ngaï, nakei mboka otonga ndako. liboko : Ngaï, nakei o mboka nakatonga ndako. baloyi : Ngaï, nakei mboka natonga ndako. impfondo : Ngaï, nakei o mboka mpfoa ya itonga ndako. enyele : Nga, nakei mboka botonga ndako. bomitaba : Nga, nakei mboka eke otonga ndako. likuba : Ngaï, nasoke mboka otonga ndako. likuala : Nga, nake o mbowa notonga ndao. moyi : Ngaï, nakeke o mboka notonga ndako. mbochi : Nga, izwa mboa otonga ndai (ndao). koyou : Nga, lizwa mbooka etonga ndako. makoua : Nga, ikendi mboga etonga ndago. bonguila : Ngaï, nake mboka na kotonga ndako. Aujourd'hui le lingala est répandu dans toute l'Afrique, au moins d'une certaine façon, et même dans le monde entier. Il dépasse de loin les limites des territoires où il est implanté. Actuellement on peut dire qu'il a une audience mondiale d'importance comparable au swahili. Il est enseigné dans beaucoup d'Universités d'Afrique, d'Europe et d'Amérique. Il est sans doute la langue la plus chantée d'Afrique : ses chants et ses disques sont partout. Adolphe DZOKANGA (*) Ce texte est la reproduction intégrale de la préface d'Adophe DZOKANGA dans son livre "Dictionnaire lingala. Suivi d'une grammaire" (VEB Verlag Enzykolpaïdie Leipzig - 1979) Nous avons simplement actualisé les noms des pays : - "République du Zaïre" en "RDC" (République Démocratique du Congo) - "Répuplique Populaire du Congo" en "République du Congo". - "Empire centrafricain" en "République Centrafricaine" - "République Démocratique du Soudan" en "République du Soudan". - "Kabinda" en "Cabinda".
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