|
Il peut être déstabilisant pour un novice qui veut apprendre le lingala, de s'entendre dire qu’il existe plusieurs types de lingala. Il se poserait alors légitimement la question de savoir, lequel lingala apprendre ?
En vérité, il n'existe qu'un seul type de lingala. C’est celui que certains qualifient de "lingala classique", "lingala standard" ou encore "lingala pur". Pour notre part, nous préférerons le terme "lingala traditionnel". C’est ce lingala qui est la référence. Tout le reste ne sont que des dérivés de ce lingala de référence. Aussi, lorsqu'on veut apprendre le lingala, la question ne se pose même pas. C'est le lingala traditionnel qu'il faut apprendre.
Le lingala traditionnel
C’est celui qui était pratiqué dans les villages par nos « vieilles mamans » (termes plutôt affectueux au Congo). Bien sûr que le lingala n'était pas et n'est pas parlé dans tous les villages du Congo, mais nous faisons allusion à ces quelques villages des régions nord du Congo où le lingala trouve son origine. Ce lingala est également appelé « lingala des campagnes » ou « lingala des vieux » (terme péjoratif) par opposition au « Lingala des villes » qu’on qualifie également de « Lingala des jeunes ». « Lingala RDC » et « Lingala République du Congo » Au risque de nous contredire, reconnaissons qu'il existe bel et bien deux variantes de ce lingala traditionnel. La variante RDC et la variante République du Congo. C’est ce que certains appellent abusivement « lingala de Kinshasa » et « lingala de Brazzaville ».
A notre humble avis, il faudra définitivement bannir ces termes de « lingala de Kinshasa » et « lingala de Brazzaville » qui ne servent qu'à apporter la confusion. Nous proposons de les remplacer respectivement par « lingala RDC » et « Lingala République du Congo ». Au moins ça sera clair pour tout le monde qu'on parle de pays et non pas des capitales de pays. Car le fait de dire "lingala de Kinshasa" et "lingala de Brazzaville" peut laisser penser qu'on parle du "lingala des villes" or c'est exactement le contraire. Les appellations "lingala de Kinshasa" et "lingala de Brazzaville" sont en réalité la simplication de "lingala du Congo-Kinshasa" et "lingala du Congo-Brazzaville" qui se rapportaient bien au pays et non pas aux villes. Nous adopterons donc ici les termes "lingala RDC" et "lingala République du Congo" afin d'éviter toute ambiguité. Vers une référence unique : Lingala RDC
ll y a en effet des petites différences entre le lingala traditionnel parlé par les populations nord de la RDC, et le lingala traditionnel parlé par les populations nord de la République du Congo. A titre d'exemple : - descendre (de voiture, d'un arbre) se dit "ko kita" en lingala RDC, et "ko sunda" en lingala République du Congo. Force est de constater que c'est le lingala RDC qui est entrain de s'imposer comme unique référence. La plupart des congolais de la République du Congo adoptant le lingala RDC. Plus personne (ou presque) ne dit "ko sunda", par exemple.
Bientôt on ne parlera plus de "lingala RDC" et de 'lingala République du Congo". Il y aura un seul lingala : le lingala RDC, qu'on appellera tout simplement lingala.
Le Lingala "académique" ou lingala "écrit"
Sous ce terme pompeux, ne se cacherait-il pas tout "simplement" la mise en écriture du lingala traditionnel ? En effet, nos vieilles mamans des villages nord du Congo ne savaient ni lire ni écrire ? Elles étaient au contraire les vraies tenantes de la tradition orale. C'est avec l'arrivée des européens et notamment des missionnaires blancs qui, dans le sillage du colon venu "civiliser les indigènes" , se proposaient de les évangéliser. Le premier gros travail de formalisation et de standardisation du lingala a été fait par ces missionnaires qui avaient choisi le lingala comme langue véhiculaire pour diffuser la "bonne parole" auprès des populations congolaises, et ramener à eux quelques "brebis égarés". Pour cela, ils avaient pris le soin de bien comprendre cette langue et de pouvoir l'écrire. L'écriture du lingala leur doit beaucoup. Son essor également. Les prêtres blancs célébraient leurs messes en lingala. Une version lingala de la bible fut même écrite un peu plus tard. Des linguistes congolais ont par la suite complété ce travail amorcé par les prêtres. Le résultat est excellent ! Les règles, syntaxes, phonétique du lingala sont aujourd'hui clairement définis. Autre très bonne chose, ces prêtres blancs avaient également tenté d'introduire l'enseignement du lingala dans les écoles. De même que les enseignements tout court en langue lingala. Malheuresuement, ce travail n'a pas été poursuivi par les auttorités congolaises une fois les indépendances acquises.
Ce lingala dit "académique" se caractérise par un très grande rigueur syntaxique, et dans la formulation des phrases. Rigueur qui rébute parfois même les congolais eux-mêmes. Ce lingala "académique", est celui utilisé dans les institutions internationales , lorsqu'il s'agit de traduire en lingala certains documents tels que "La déclaration universelle des droits de l'Homme".
Pas étonnant dans ces conditions là que le congolais préfère aller lire la version.....française.
Le lingala parlé
Forme moins rigoureuse du lingala. Utilise par ailleurs la forme contractée. Par exemple : - Nazali malamu (je vais bien) devient : - Naza' malamu ou - Na' malamu Le lingala des villes
Autrefois appelé « lingala des jeunes ». Il était opposé au lingala traditionnel qualifié péjorativement de "lingala des vieux" et de "lingala des campagnes". Le lingala des villes utilisait beaucoup de mots dérivés du français ou directement empruntés de la langue française. C'est normal car qui dit ville dit administration dans laquelle le "français" est la langue officielle. Si dans ses régions d'origine le lingala traditionnel était parfaitement protégé et puisait plutôt dans les autres langues locales , en ville, et notamment dans les capitales Kinshasa et Brazzaville, il était plutôt confronté au français et s'enrichissait de mots français ou dérivé du français : melesi (merci), masini (machine), voitulo (voiture), wolo (or), etc.... Une des autres particularités du lingala des villes c'est que l'on comptait préférentiellement l'argent en français. 100 francs, 1500 francs. On ne s'embarrassait pas des : - nkâma - nkoto moko na nkama mitano. De même pour les noms d'animaux. On utilisait plus facilement les noms français : panthère, tortue, antilope,etc.. Par exemple : - Na lei antilope (j'ai mangé l'antilope) Ce qui pouvait laisser croire que ces mots n'avaient pas leurs équivalents en lingala. C'est de cette façon que de nombreux mots lingala ont tendance à disparaître du langage, à force d'utiliser des mots français à la place. NB : le "lingala des villes" n'a rien à voir avec le frangala qui est tout autre chose comme nous allons le voir ci-dessous..
Le Frangala
Qualifié par certains de "créole lingala" (comment faut-il le prendre ?) , le frangala est un nouvelle forme de lingala (ça vient de sortir). Il s'agit d'un véritable mélange de français et de lingala. Avec le frangala, on ne se contente plus d'un ou deux mots français dans une phrase lingala, comme c'était le cas avec le "lingala des villes", le frangala est un véritable mixe du français et de lingala. Par exemple : - Na za ko avertir yo que véritable danger ezali kuna (Je t'avertis qu'il y a un véritable danger la-bàs) - Il faut o rappeller ngaï pona ba documents oyo toza ko étudier (Il faut que tu me rappelles au sujet des documents que nous sommes entrain d'étudier). - Kamata verre wana o poser yango na table (prend ce verre et pose-le sur la table)
On voit qu'avec le frangala même des verbes français sont utilisés tels quels. Ce qui ne se faisait pas avec le lingala des villes se contentait de quelques noms en français ou dérivés du français. Des origines du frangala : Contrairement aux idées reçues, le frangala n'a pas été inventé par des personnes parlant la langue française et qui avaient des carences en lingala. C'est tout à fait le contraire, le frangala a été crée par des congolais qui maîtrisaient parfaitement le lingala, mais avaient des lacunes en fançais. Ces personnes tentaient de parler en français, et quand la suite leur faisait défaut ils mettaient tout simplement un mot ou une phrase entière en lingala. Ce n'est que plus tard que cette tendance s'est inversée.
Le Frangala danger pour le lingala ? Le frangala est la seule véritable menace qui pèse actuellement sur le lingala. Très prisée des jeunes, certains jeunes congolais ne connaissent que cette forme de lingala ; et ne font pas l'effort d'aller chercher les mots lingala qui leur font défaut. "A quoi bon ?", puisque qu'il suffit de mettre le mot ou la phrase française à la place. A ce rythme là, il ne restera plus grand chose du lingala. Et c'est la langue qui risque de disparaître. Cet avis n'est pas partagé par tout le monde. D'autres au contraire voit dans le frangala une vraie chance pour lingala car il permet également de toucher les enfants congolais nés à l'étranger (pays francophones) et qui assimilent plus facilement ce lingala plutôt que le lingala traditionnel ou le lingala académique. Le débat reste ouvert.
Le "lingala des Yankees" ou "Argot lingala" "Yankees" est un terme utilisé en RDC et en République du Congo pour désigner une catégorie bien particulière de jeunes voyous congolais. Les Yankees avaient développé un lingala propre à eux. Il s'agissait en fait d'un langage codé qui ne devait être compréhensible que des Yankees. C'était au départ une une sorte de "verlan" lingala, auquel sont venus ensuite s'ajouter des mots français, anglais, swahili etc...Un véritable pot pourri ! Sans compter qu'aux mots empruntés, les Yankees leur donnaient souvent une signification différente de celle qu'ils ont dans leur langue d'origine. Par exemple : - "Ko barrer" (mot français) signifie "tuer" en lingala des yankees. La jeunesse congolaise était fascinée par le lingala des "Yankees", qu'on appelait également "lingala ya ba Djo" (lingala des caïds). Aussi, sans être des voyous, elle avait adopté certains mots de ce lingala des yankees . C'est ainsi que le lingala des Yankees est venu enrichir le lingala dits de jeunes. Par exemple : Le mot "momie" qui signifie "jeune fille" dans le lingala des Yankees a été définitivement adopté par l'ensemble des jeunes congolais. Il a aussi le sens de "petite amie". Aussi est-il fréquent d'entendre les jeunes congolais dire : - Boni ko momie ? ( comment allez-vous jeune fille ?). - Azali momie na ngaï (C'est ma petite amie).
|